Le docteur Péricard, vétérinaire à Chaumont, nous dresse la liste des intoxications les plus fréquentes rencontrées au fil de ses consultations.

Grâce aux explications du docteur Philippe Péricard, vétérinaire à Chaumont, le blog Animaux établit pour vous les produits dont il faut se méfier lorsqu’on est propriétaire de chiens ou de chats. Du plus dangereux au plus inattendu, nous dressons un petit inventaire qui vous permettra de vous informer sans vous stresser. En effet, sur l’ensemble des consultations, l’intoxication n’est pas la cause la plus fréquente. Mais comme le dit l’adage, mieux vaut prévenir que guérir.

1 – Les produits phytosanitaires, les plus dangereux et les plus fréquents

« Il y a les intoxications par les produits phytosanitaires avec les deux grandes familles que sont les intoxications par la mort aux rats (les rodenticides anti-coagulants) et les intoxications par les toxiques neurologiques. On peut classer dans cette catégorie deux grands toxiques qui sont vendus dans les produits phytosanitaires classiques. Le métaldéhyde, à la base, était un tue-limaces. Il entraîne des convulsions importantes, de la salivation et puis le décès si ce n’est pas traité. Celui-ci, il est très embêtant.

Et on a le chloralose qu’on retrouve dans certaines spécialités. Ça, c’est quelque chose qui va rendre les animaux plutôt comateux ou avec des réflexes exacerbés. Quand on les touche, on a l’impression que l’animal se met à trembler ou fait des sortes de convulsions.

Il fait partie des poisons contre les souris et les taupes. Là, les animaux meurent d’un coma et d’hypothermie. Ils ne meurent pas du toxique directement. Ils font une pseudo overdose d’anesthésique, tombent dehors et on les retrouve décédés.

Le chloralose, classiquement, c’est le chat qui nous est amené le matin quand on retrouve l’animal dehors dans un état semi-comateux et déjà en hypothermie. C’est quelque chose qu’on voit fréquemment sur le chat.

Le métaldéhyde, c’est plutôt chez le chien car c’est un produit sucré. Ils ont même tendance à le manger directement dans le paquet. Il faut faire attention aux paquets. Ils peuvent le consommer nature ou en extérieur quand il est répandu. »

2- Les médicaments de la famille

« Après on a les intoxications dues aux médicaments et autres drogues xénobiotiques c’est-à-dire étrangères à l’organisme. Là, c’est l’animal qui va manger le comprimé de la famille tombé par terre. L’enrobage est un peu sucré : somnifère, anti hypertenseur, les traitements humains. On en voit régulièrement. C’est pas très toxique, c’est fonction du poids de l’animal. Ce sera plus embêtant sur un petit chien que sur un gros. Il faut bien surveiller le chien. Si jamais il y a une phase un peu comateuse, bizarre, il faut consulter.

Ce qu’on a de très dangereux pour le chat, c’est le paracétamol. Le chat n’a pas l’enzyme pour détoxifier le paracétamol.

Côté médicament, il faut aussi faire attention aux anti-inflammatoires antalgiques, l’ibuprofène chez le chien. Ça peut donner des troubles digestifs voire neurologiques. »

3- Les aliments

Le chocolat est particulièrement dangereux pour les chiens.

« Il faut bien faire la différence entre les intoxications alimentaires qui sont l’ingestion de toxique via l’alimentation, de la toxi-infection alimentaire qui est l’ingestion d’un cadavre faisandé dans lequel se sont multipliées diverses bactéries : salmonelles, staphylocoques…

Le chocolat, c’est le gros, gros des intoxications.

 

Par précaution, il faut aussi éviter de donner les alliacées : oignon, ail, poireau, cive, ciboulette... Ces produits entraînent une destruction des globules rouges, une anémie hémolytique.

Dernièrement, ce qui est apparu, c’est l’intoxication par le raisin chez le chien. De même que l’oignon, il semblerait qu’il y ait des sensibilités individuelles. Des chiens plus sensibles que d’autres, et ça dépend peut-être aussi de la variété des raisins.

A priori, il y aurait plus de risques avec des raisins secs qu’avec des raisins frais car c’est plus concentré. Ça donne des signes digestifs et après, on peut avoir un état d’insuffisance rénale. »

4- Le cas particulier de la mort aux rats

« Le côté insidieux de la mort aux rats est que l’animal mange le toxique mais les signes vont être différés quelques jours plus tard.

On a le temps d’agir si on trouve un paquet ouvert mais il ne faut pas se dire que s’il n’y a pas de symptômes, il ne faut rien faire.

Si on l’attrape sur le fait, on fait vomir. Le chien vient d’avaler le toxique, on a les moyens de le faire vomir.

On a le sentiment que le chien a avalé un toxique parce qu’on retrouve des preuves, on peut faire une prise de sang 48-72 heures après, et savoir quelles sont les répercussions au niveau de la coagulation.

Ou alors par principe de précaution, on donne de la vitamines K pendant quinze jours ou trois semaines. »

5- Les intoxications auxquelles on ne pense pas

« Le lys, chez le chat ! Il y a quelque chose qui l’attire dans cette plante. Or toute la plante est toxique. Il faut faire très attention quand on a un bouquet de lys.

Toute plante d’ornement peut avoir des effets chez nos animaux.

On peut avoir le colchique quand on est en promenade ou alors le champignon. Dans ce dernier cas, on a parfois des symptômes du chien qui se met à baver avec des petits troubles digestifs. Mais ce n’est pas grave.

Il y a le même risque à la ville qu’à la campagne. Il n’y a plus de tellement de différences entre les chiens de la ville et les chiens de la campagne comme c’était le cas autrefois.

Les substances récréatives, ça va de la simple attitude ébrieuse, un chien un peu endormi voire un comportement plus hallucinatoire. C’est une question de quantité.

Quand on connaît la substance ingérée, le pic de gravité (pharmacodynamie) intervient dans l’heure qui suit. L’exemple, c’est le chien qui a avalé des médicaments. Si ça fait deux heures et que le chien est à peu près normal, ça ne va pas s’aggraver. On surveille mais on ne panique pas ! »

Lire aussi : Animaux : attention à l’ingestion de cannabis…
https://www.jhm.fr/a-la-une/animaux-attention-a-lingestion-de-cannabis/#reccontenu

6- Les incidences

« Sur les intoxications dues aux produits phytosanitaires, selon le stade, le chien peut en mourir.

A long terme, s’il y a des phases de convulsions (elles entraînent une hyperthermie) qui ont duré un peu longtemps, notamment avec le métaldéhyde, cela peut avoir des conséquences sur le cerveau.

Le chloralose, au contraire, comme ça entraîne une hypothermie, il y a peu de conséquences au long terme.

Pour les médicaments, pas de conséquences forcément à long terme sauf pour les anti-inflammatoires qui peuvent entraîner des insuffisances rénales. »

7- Les choses qui ont changé

« En 30 ans d’expérience, j’ai vu la strychnine. Mais elle est interdite aujourd’hui.

C’est du métaldéhyde en pire ! C’est un convulsivant. C’était utilisé pour tuer les souris.

Les organophosphorés ont également été interdits. Ce sont des gaz de combat qui entraînaient des syndromes convulsifs. Ces gaz étaient utilisés dans l’agriculture. Ce sont des situations qu’on avait dans les fermes. »

8- Les symptômes qui doivent alerter

« Il faut réagir dès qu’on constate des troubles neurologiques : hyper excitabilité, voire convulsion.

Pour la mort aux rats, tout saignement inexpliqué et important ou une plaie qui saigne de façon continue et qui ne s’arrête pas au bout de quinze minutes.

Pour la mort aux rats toujours, toute altération de l’état général. L’animal qui ne bouge plus par exemple. Un abattement soudain signe qu’il y a une hémorragie interne.

Tout changement de comportement doit alerter. Il n’y a pas que les signes digestifs qui sont à prendre en compte. »

9- Comment réagir ?

« Appeler son vétérinaire habituel ! Il y a un répondeur de permanence. Il est le plus efficace et le plus proche pour réagir.

Les centres antipoisons ? Ça n’a que peu d’intérêt. Ils ne vont pas soigner l’animal. »

10- Comment anticiper ?

« Les produits phytosanitaires, on les range.

Quand on laisse son chien à quelqu’un qui n’en a pas dans sa maison, il faut être prudent.

Les gens sont plutôt vigilants et sensibilisés mais comme toujours, il y a des accidents ou des moments d’inattention. »

Propos recueillis
par Stéphanie Ramonda

 

Pour aller plus loin, nous vous conseillons de consulter le site de la clinique de Frégis. Beaucoup de renseignements supplémentaires sont à disposition pour les chiens, les chats et les NAC.