Une chauve-souris peut engloutir jusqu’à 3 000 insectes par jour. (Photos Vincent Ternois).

Ce week-end, se tiennent les journées internationales de la chauve-souris. Salarié de la Fédération des chasseurs de l’Aube, en charge de l’animation des sites Natura 2000 de Haute-Marne, Vincent Ternois répond aux questions du JHM afin d’aider chacun à mieux connaître ces chiroptères qui souffrent d’une image négative et injustifiée.
Le Journal de la Haute-Marne : Quels sont les objectifs de la 24e Nuit de la chauve-souris prévue ce week-end ?
Vincent Ternois : Il s’agit de présenter au grand public ces animaux méconnus sur lesquels il y a énormément de préjugés. Les chauves-souris font souvent peur. L’idée est de casser ces mythes et de montrer que ce sont des animaux très intéressants et importants.

Le JHM : D’où vient cette peur qu’inspire la chauve-souris ?
V. T. : Déjà, dans son nom, il y a le mot “souris”. Cela fait penser à un petit mammifère qui fait du bruit, qui ronge… Parfois, certains parlent de maladies qu’elles véhiculeraient. C’est faux. La base de tout ça, c’est plutôt une méconnaissance de cet animal qui vit la nuit et que l’on voit passer furtivement. Ce n’est pas comme un chat que l’on peut caresser…

Le JHM : On dit aussi qu’elle risque de s’emmêler dans les cheveux…
V. T. : Ça, on l’entend tout le temps ! (Rires) C’est totalement faux. Ce sont des animaux qui voient très très bien et ont une capacité à se déplacer avec un sonar. Donc non, elles ne vont pas venir au contact de l’homme, au contraire ! On a même du mal à les capturer avec des filets dans le cadre de programmes scientifiques car elles voient très bien les filets… C’est un mythe.

Le JHM : Quelles sont les espèces de chauve-souris que l’on peut rencontrer en Haute-Marne ?
V. T. : En Champagne-Ardenne, on trouve 25 espèces sur les 35 connues en France. Certaines sont très proches morphologiquement les unes des autres. Potentiellement, les 25 se rencontrent un peu partout dans les secteurs préservés de Haute-Marne où il y a de la forêt, du bocage, des prairies, des étangs ou des mares. Deux ou trois espèces sont migratrices.

Le JHM : Certaines sont-elles menacées ou en voie de disparition ?
V. T. : Alors ça, c’est difficile à dire car les études scientifiques sont parcellaires. Ce sont des animaux très difficiles à étudier. Actuellement, les seuls comptages faits sont réalisés en hiver par le groupe de naturalistes Chiroptères, en lien avec le Conservatoire. Certaines espèces nichent dans les cavités de murs ou dans les arbres. Il est compliqué de les observer. D’après les comptages réalisés en été, on a quand même le sentiment que certaines espèces seraient en régression. Mais je le redis, ce sont des animaux très difficiles à suivre.

Le JHM : Est-ce que les chauves-souris vivent en colonies ?
V. T. : C’est assez particulier : en période de reproduction, les femelles se regroupent. Les mâles sont souvent solitaires et vivent à deux ou trois. Mais les femelles se rassemblent en une sorte de maternité ou de nurserie et en fait, on peut avoir d’une dizaine à plusieurs centaines d’individus. Les colonies sont souvent anthropophiles, donc liées à l’homme. On les retrouve dans des greniers, dans les toits d’églises, les caves, derrière les volets. D’autres s’installent dans les arbres en forêt. L’hiver, elles aiment les milieux souterrains, sans grandes variations de températures et avec un gros taux d’humidité.
Le JHM : Y a-t-il un avantage à avoir des chauves-souris à proximité de chez soi ?
V. T. : Je suivais par le passé une colonie de grands murins du côté d’Orquevaux pour le groupe Chiroptères. Un particulier nous avait signalé qu’ils étaient installés dans son grenier. Ça l’ennuyait un peu car il y avait des crottes et des odeurs. On a nettoyé le grenier et mit une bâche. Il nous a expliqué qu’il voulait garder les chauves-souris car vivant à côté d’une rivière, il n’avait jamais un moustique ! Une chauve-souris peut manger jusqu’à 3 000 insectes par nuit. C’est énorme, c’est vraiment un insecticide naturel. Les personnes qui auraient des nuisances peuvent contacter les membres du groupe Chiroptères dont je fais partie, on est aussi là à titre bénévole pour aider.
Le JHM : Comment peut-on observer les chauves-souris sans les déranger ?
V. T. : C’est délicat, surtout l’hiver. Elles sont en léthargie et abaissent leur rythme cardiaque. Si on les dérange, elles vont se réveiller doucement. Cela va leur demander une dépense énergétique très forte à une période où elles ne pourront pas compenser. L’hiver, il faut vraiment les laisser tranquilles. L’été, il faut aussi faire attention car il y a les bébés. Si on les dérange un peu trop souvent, les bébés vont se décrocher et ils vont mourir. On peut les observer à la tombée de la nuit, vers les lampadaires ou les plans d’eau. Les chauves-souris aiment aussi tourner autour des arbres à la tombée de la nuit.

Propos recueillis
par Sylvie C. Staniszewski

Conférence et balade nocturne

Dans le cadre de l’animation des quatre sites Natura 2000 de l’Aube et de la Haute-Marne assurée par la Fédération des chasseurs de l’Aube, Vincent Ternois organise une soirée conférence suivie d’une balade nocturne vendredi 28 août pour la Nuit de la chauve-souris. Au programme : mini-conférence, biologie, diversité, menaces, protection, puis balade nocturne. Cette soirée concerne le site des prairies de la Voire et de l’Héronne.
« J’aimerais organiser la même soirée sur le secteur sud-haut- marnais sur la zone des ruisseaux de Pressigny, de la ferme d’Aillaux et de l’Apance », indique Vincent Ternois. A Bourbonne et Pressigny, cela n’a pas été possible. Il garde un petit espoir du côté de Fresnes-sur-Apance.
Rendez-vous vendredi 28 août, à 19 h 30 à la salle des fêtes d’Hampigny, dans l’Aube. Le port du masque est obligatoire. Soirée gratuite. Inscription auprès de Vincent Ternois : au 07.82.03.06.46 ou par mail : ternois.v@fdc10.org