C’est dès les premiers beaux jours de février que le paon-du-jour sort de sa torpeur hivernale pour venir butiner les premières fleurs de fin d’hiver et se chauffer au soleil. Éclos en fin d’été, il a passé plusieurs mois à l’abri des intempéries. Facilement reconnaissable à la face supérieure de ses ailes rouge ornée d’ocelles, c’est-à-dire de faux yeux, destinés à dérouter d’éventuels prédateurs, il est un de nos plus beaux papillons de jour. La face inférieure de ses ailes est noire et lui assure un bon camouflage lorsqu’il les referme.

Après avoir repris des forces, il s’accouplera et la femelle pondra de nombreux œufs sur la face inférieure de feuilles d’orties. D’abord vertes, les minuscules chenilles connaîtront un développement rapide et mueront plusieurs fois. Elles deviendront noires ornées de piquants totalement inoffensifs et atteindront la taille de 4 cm en quatre semaines. Il leur faudra alors trouver un support pour s’arrimer tête en bas, à l’aide d’un dispositif semblable au velcro, pour faire leur chrysalide.

Deux semaines plus tard, si tout s’est bien passé, après une extraordinaire transformation, un magnifique papillon émergera de cette chrysalide et déploiera ses ailes en une dizaine de minutes. Il lui faudra attendre qu’elles sèchent pour prendre son envol. Le cycle du paon-du-jour se fait normalement en deux générations. Les individus qui hivernent donnent naissance à une première en mai-juin, la seconde éclôt normalement en août.

Une espèce en forte régression

Répandu dans toute la France, le paon-du-jour connaît, comme la plupart de nos espèces de lépidoptères (et d’autres insectes), un déclin très marqué. Chez de nombreuses espèces de papillons, la chenille ne peut se nourrir que d’un nombre limité des plantes, appelées plantes hôtes, voire d’une seule. Notre Paon-du-jour est presque totalement dépendant de l’ortie dioïque qui, malgré ses nombreuses vertus, n’est plus la bienvenue dans la plupart de nos jardins. Les traitements agricoles et le fauchage des bords de routes font le reste. Laisser pousser quelques touffes d’orties dans un coin de son jardin ou de son verger est donc un bon moyen de préserver un peu de cette biodiversité si malmenée dont quelques beaux papillons comme le paon-du-jour.

Gérard Rolin