Quelque 150 ornithologues de tout le Grand Est ont participé samedi 30 novembre et dimanche 1er décembre au colloque régional de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) à Montier-en-Der. Un week-end sous le signe de la grue cendrée, en pleine période de migration, qui a été ponctué de nombreuses interventions et communications
Le soleil était radieux pour recevoir samedi 30 novembre, en matinée, les quelque 150 participants au colloque régional de la LPO au Pôle socioculturel de Montier-en-Der. La cité du cheval est devenue, pour l’occasion, la cité de l’oiseau.

Le maire, Jean-Jacques Bayer, a accueilli les ornithologues, leur confiant le souhait de la création d’un centre de recherches concernant les zones humides et rapportant le mot entendu au congrès de Vivescia, coopérative agricole : « Nous sommes les témoins, non pas d’une évolution de l’agriculture, mais d’une rupture. »
Puis, le président de la LPO Champagne-Ardenne, Etienne Clément, a présenté le déroulé de la journée, au cours de laquelle, du matin au soir se sont succédé les interventions, fruit du travail et de la réflexion d’experts.

Et, dimanche, pour finir sur le terrain, une sortie était organisée par la LPO Champagne-Ardenne avec, dès 7 h, le lever des grues, suivie de la visite des étangs d’Outines et d’Arrigny pour observer les oiseaux d’eau hivernants.
C’est sur le thème de la grue cendrée que s’est ouvert le colloque, puisque c’est la date de la migration du grand oiseau devenu emblématique du Der qui a déterminé celle de ce rassemblement.
Au cours du colloque, un point a été fait concernant les résultats de l’enquête menée cette année sur la nidification du grèbe huppé, espèce relativement commune. « La plupart des observateurs ont été surpris par les faibles effectifs d’adultes et le peu de réussite des nichées. » Le cas notamment sur les lacs du Der et de la forêt d’Orient. Parmi les hypothèses avancées, seraient en cause les dérangements et la prédation des espèces piscicoles carnivores et en particulier le silure.
A la sortie du dimanche, une trentaine de personnes ont participé au lever de grues puis ont retrouvé les compteurs bénévoles de la LPO pour prendre connaissance du chiffre du jour (12 900). A Noncerupt, parmi les espèces les plus remarquables qui ont pu être observés malgré les mauvaises conditions de visibilité et la pluie, ils ont pu distinguer cygnes de Bewick, harles bièvres et harles huppés, pluviers dorés et deux pygargues à queue blanche.

De notre correspondant Philippe Pierson

Grues cendrées : 40 ans de suivi

Grand spécialiste international, Alain Salvi a captivé l’auditoire avec le compte-rendu de ses recherches actualisées sur l’oiseau qui fait l’objet d’un suivi approfondi depuis plus d’une quarantaine d’années en France et plus largement sur son aire de répartition européenne. Ce laps de temps significatif et la coordination nationale et internationale qui l’accompagne permettent de tracer quelques lignes majeures d’évolution spatiotemporelle du statut de cette espèce. Leur analyse est réalisée dans le contexte global des grandes transformations environnementales des dernières décennies.
Quelques perspectives d’évolution futures peuvent être préfigurées par des tentatives prudentes de projections démographiques et la comparaison avec certaines espèces voisines. Le conférencier a dressé l’historique de la fréquentation de la grue, en constante évolution depuis 1974, date de la mise en eau du lac du Der, grâce entre autres facteurs à la culture du maïs en extension, à une modification des paysages (nivellement de talus, destruction de haies) et à une meilleure protection de l’oiseau. En hiver 1976-1977, seulement une trentaine d’oiseaux étaient recensés, pour arriver à un nombre de plus de 100 000 grues hivernantes en 2010, et atteindre des pics à 260 000. On observe aussi que les grues en migration arrivent et repartent plus tôt et vont moins loin, ce qui laisse une chance pour une deuxième voire troisième ponte possible.