Comme chaque année en mai, quelques centaines de moutons prennent leurs quartiers sur l’île de Chantecoq, au lac du Der. En pâturant les plaines, agneaux et brebis permettent d’entretenir et de conserver ce milieu si précieux. Et pour s’y rendre, les animaux ont pris le bateau, vendredi 17 mai.

Tous les moutons n’ont pas cette chance. Vendredi, ceux de Frédéric Viaene ont pu voguer sur les eaux calmes du lac du Der. Direction l’île de Chantecoq, leur résidence d’été jusqu’à octobre. Les ovins (environ 160 agneaux et 130 brebis) pâturent les plaines de l’île située en plein cœur du Der dans un but de conservation. La Réserve nationale de chasse et de faune sauve (RNCFS) bénéficie d’un financement Natura 2000 depuis 2016 jusqu’en 2020 (lire plus bas).
Le berger d’Aube Trait Nature fait trois voyages entre les bords du lac et l’île en question. Pour ce faire, il se sert d’une barge ostréicole, qui vient de Paimpol, dans les Côtes d’Armor. « C’est très rare d’en avoir une aussi large, c’est-à-dire 3,50 m. Et elle fait 12 m de longueur », explique-t-il. Une taille confortable pour guider les animaux à bon port.
Une fois tous les animaux à bord, Frédéric Viaene met en route le moteur tandis que ses deux collègues veillent au grain. Le voyage dure environ dix minutes, sous un beau soleil. Parqués dans les quelques mètres de la barge, les moutons sont doux comme des agneaux. Le bateau à fond plat accoste doucement au large de l’île de 24 ha. Il est temps de faire descendre tout le monde. Avec un petit coup de pouce, les animaux sautent de la barge petit à petit et courent vers les plaines verdoyantes. La transhumance s’est passée sans accroc, au grand bonheur de Frédéric Viaene. En octobre dernier, lors du chemin inverse qui se fait sur terre ferme, le berger a dû s’y reprendre à deux fois. La première fois, les animaux ont fait demi-tour à mi-chemin.
Les 290 moutons de la race Rava vont rester sur l’île pendant cinq mois. Ils auront la visite de leur éleveur environ tous les dix jours. « Cette race rustique est faite pour supporter les conditions extérieures toute l’année », précise Florian Millot, conservateur de la Réserve.

Clotilde Percheminier

 

Sauvegarder la biodiversité

Les animaux ne sont pas sur l’île pour rien. « Ils sont là pour maintenir le milieu ouvert », explique Florian Millot, conservateur à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). L’herbe rase étant plus attirante pour certaines espèces. Depuis 2016, un financement de l’Etat et de l’Europe (environ 256 000 € sur cinq ans) permet de réaliser ce projet. Un premier contrat de 2010 à 2014 existait déjà et comprenait aussi la présence de moutons à Chantecoq une partie de l’année. « Sans une telle gestion, une friche buissonnante se développe. Les prairies ont été identifiées comme milieu prioritaire à préserver. Et autour du Der, elles se raréfient », regrette le conservateur. Zones de nidification et de gagnage (lieu d’alimentation), elles sont essentielles pour certaines espèces d’oiseaux qui fréquentent le Der : grues cendrées, canards siffleurs, sarcelles d’hiver, oies cendrées… Un réservoir de biodiversité, en somme. « Mais c’est aussi important pour les insectes, micro-mammifères, ou encore le patrimoine floristique », liste Yves Maupoix, qui travaille à la Réserve. Et en voyant le retour d’espèces prairiales sur l’île, ce dernier ne peut que se réjouir.

 

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