Un savoir-faire acquis au fil des années.

A Montier-en-Der, village du cheval par excellence avec son haras national, le maréchal-ferrant Michel Maignier se fait discret. L’essence de son métier consiste à parcourir les routes pour aller à la rencontre de ses clients. Depuis quelques années, il étudie aussi le comportement des chevaux.

Les rayons du soleil martèlent les écuries du petit village de Ceffonds, là où Michel Maignier garde ses trois équidés. Flip Flap, Elton et Charly, le plus jeune, à «l’enfance malheureuse», décrit le maréchal-ferrant qui l’a depuis l’année dernière.

L’homme de 63 ans, à la crinière blanche, côtoie les chevaux depuis un paquet d’années. Dès sa tendre enfance, à vrai dire. Les récompenses accrochées au-dessus des portes de la grange en témoignent. «Je suis un peu comme Obélix, je suis tombé dans la marmite quand j’étais petit !», assure-t-il. Du légendaire gaulois, il en a autant la force que la gentillesse. Né à Besançon, il a grandi à Echeneau-le-Sec, un petit village de Haute-Saône. «Mes parents étaient fromagers.» Enfant, il passe son temps avec un fou amoureux des chevaux, qui l’initie à leur comportement : «Les chevaux plaisent toujours bien, à cet âge.» Plus tard, il étudie à l’école des cavaliers-soigneurs de Château-Salins, près de Nancy. Il entre ensuite, en 1974, au haras de Montier-en-Der. «Je m’occupais du débourrage des chevaux», une activité qui consiste à faire accepter le cavalier au cheval, et faciliter la mise en selle. Dix ans plus tard, Michel Maignier décide d’aller voir ailleurs. Sans partir au galop, le passionné reste dans l’univers du cheval : il se dirige vers la maréchalerie. Il effectue une formation aux Haras nationaux, à la Roche-sur-Yon, avec des formations pratiques régulières au haras haut-marnais. En 1995, il démissionne de l’administration publique pour se tourner vers le privé et se mettre à son compte. «Eh oui, j’étais fonctionnaire avant», se souvient-il, esquissant un sourire.

Redonner confiance au cheval
Michel Maignier s’intéresse depuis plus de dix ans à l’éthologie, l’étude du comportement des animaux.

Sa vie de maréchal-ferrant, ça ressemble à quoi ? Michel Maignier, au contact des animaux, n’est jamais vraiment seul. Cette activité itinérante lui colle à la peau : «C’est un métier qui nous fait voir beaucoup de monde et rencontrer des chevaux différents.» Levé souvent dès 5 h 45, le Dervois s’occupe d’abord de ses chevaux à lui. Il part ensuite vers 7 h et arrive une heure plus tard chez son premier client. Il peut avoir deux ou trois clients dans la journée, «mais tout dépend du nombre de chevaux chez chaque personne». «On ne tombe pas que sur des chevaux qui ne bougent pas», continue-t-il.
Chaque animal est différent : il y en a des calmes et des agités, des têtus et des crèmes, des lourds et des plus légers. Michel Maignier en a conscience et en a fait sa spécialité. Il s’intéresse depuis plus de dix ans à l’éthologie. Comprendre : l’étude du comportement des animaux. «Il s’agit de les analyser pour remettre en ordre ce qui ne va pas chez les chevaux à soucis. On les met sur la bonne voix pour leur redonner confiance.» Il a même fait une formation au haras de La Cense, près de Rambouillet. Pour arriver à son but, le maréchal-ferrant a différents exercices sous le coude : par exemple, il monte sur le cheval en portant un parapluie, pour l’habituer à avoir du mouvement autour de lui. «Ce sont des êtres vivants avec des ressentis et des humeurs», dit-il, convaincu. Et ces connaissances lui servent tous les jours dans son métier. Un «plus» pour la maréchalerie, assure le sexagénaire.

«C’est le physique qui va choisir»

«On ne fait pas le poids face à un cheval de 500 kg.» Michel Maignier en fait la démonstration quotidiennement, chez ses clients, quand il va ferrer leurs chevaux. L’opération, qui doit être réalisée toutes les six semaines environ, se déroule de la sorte… Par-dessus son jean et son débardeur blanc, le maréchal-ferrant enfile une sorte de tablier épais. Il ouvre les portes arrière de sa camionnette et allume sa forge à gaz. En quelques minutes, elle chauffera à plus de 1 100 degrés. Pendant ce temps-là, il en profite pour retirer les morceaux de corne accumulés sous les quatre sabots. C’est la première étape, un passage obligatoire. Michel Maignier saisit le sabot de son cheval Flip Flap et le cale entre ses jambes. Il peaufine ensuite son travail avec une râpe – une sorte de grosse lime. Quand la forge est chaude, il y insert les fers pour les rendre malléables et pouvoir les travailler. Il ajuste son tir : le fer doit correspondre parfaitement à la sole de l’animal. Cling ! Le fer se retrouve entre le marteau et l’enclume. Une épaisse fumée blanche se dégage à chaque pose du fer sur le sabot. Pour fixer le tout, Michel Maignier passe les clous dans les trous du fer, en veillant à ne pas blesser son fidèle Flip Flap. A l’aide d’une pince, il retire la pointe de chaque clou qui dépasse. Le tour est joué, le cheval est ferré. C’est une évidence, la maréchalerie est un métier physique. Mais la proximité avec les animaux, c’est toute sa vie, dit Michel Maignier. «Cela fait 44 ans que je suis ici. Après, ce sera le physique qui va choisir. J’ai pris les risques plus jeune, quand il fallait faire le travail. Mon épouse s’occupe de l’administratif.»

A force de murmures et d’écoute, Michel Maignier éduque les chevaux, mais ne les dompte pas. Il ne se sert même pas du mors quand il promène les siens. Tel un Gandalf haut-marnais, il monte Flip Flap, parfois même sans bride, ne le guidant qu’à la voix.

Clotilde Percheminier

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