Photo Alain Balthazard

Rapace protégé depuis les années 90, le busard cendré voit pourtant
ses effectifs chuter en Haute-Marne. Le nombre de couples recensés
est passé d’une centaine à une vingtaine. Portrait d’un oiseau méconnu.

Jean-Luc Bourrioux, technicien opérationnel à l’Office national des forêts, est un passionné d’oiseaux. Il organise des rencontres avec le public afin de les faire découvrir. Actuellement, sa priorité se porte sur le busard cendré qui a bien besoin d’un petit coup de main. Ce rapace migrateur est protégé en France mais alors que dans les années 1990 une centaine de couples nichaient en Haute-Marne, le nombre a fortement chuté et seule une vingtaine de couples peut encore être dénombrée aujourd’hui. Il est d’autant plus important de tout faire pour préserver ces jolis oiseaux. Légèrement plus grand que le faucon crécerelle mais plus petit que la buse, le busard cendré arrive dans la région début mai. Il a parcouru 5 000 km en un mois depuis le Sahel et ses grandes savanes où il a passé les six mois précédents, profitant de la profusion de nourriture qu’il peut y trouver. Mais avec l’arrivée de l’été et la chaleur, il revient en Europe où il pourra plus facilement trouver les insectes (grillons ou sauterelles) et les souris qui composent son alimentation.
Cet oiseau n’est pas un exemple de fidélité, changeant de partenaire tous les ans. Dès que la femelle a pondu ses œufs vers la mi-mai, elle ne quitte plus les environs de son nid et c’est le mâle qui chasse pour la nourrir ainsi qu’ensuite les oisillons. Il parcourt un territoire d’environ 2 à 3 km autour du nid mais peut aller en cas de besoin jusqu’à 15 km.

Localiser les nids dans les champs

C’est vers la mi-juin que les œufs éclosent. Au bout d’un mois, les oisillons commencent à voler et apprennent très vite à chasser. Effectivement, dès la mi-août, ils doivent être prêts à partir pour l’Afrique alors que leurs parents sont déjà sur la route du retour vers le Sahel.
Pour ne pas faciliter les choses, le busard cendré installe son nid non pas en hauteur dans un arbre mais au sol et de préférence au milieu des champs de blé. Le problème, c’est qu’entre la ponte des œufs et le jour où les oiseaux quittent le nid, les agriculteurs devront moissonner leurs champs. Du haut de leurs engins, ils ne peuvent pas voir les nids et ceux-ci sont condamnés, si rien n’est fait pour les localiser au préalable. C’est le rôle des surveillants comme Jean-Luc Bourrioux qui opère dans le quart Nord-Ouest de la Haute-Marne. Malheureusement, ils ne sont pas toujours assez nombreux et la tâche n’est pas aisée. Pour ce faire, il faut attendre que se déroule “la passe de proie” entre le mâle qui revient de la chasse et la femelle à qui il la donne en plein vol qui ira ensuite la distribuer à ses poussins. Il faut être vigilant et regarder où elle se pose en repérant l’endroit à l’aide de ce qui est visible derrière le nid (un arbre, un poteau électrique, une éolienne, etc.).
Il faut ensuite renouveler la même opération au moins une fois mais en se plaçant sur un autre axe par rapport au nid. Ce dernier se trouve à l’intersection de ces deux lignes. Les surveillants prennent alors contact avec l’exploitant agricole propriétaire de la parcelle. Le but est de négocier avec ce dernier afin qu’au moment de la moisson le nid soit préservé.
Une fois le nid localisé avec exactitude, il est balisé et un grillage est installé autour afin d’éviter que les petits le quittent effrayés par le bruit de la moissonneuse et se fassent écraser un peu plus loin. Les poussins âgés de quinze jours à trois semaines seront répertoriés et bagués.
Aujourd’hui, la totalité des agriculteurs jouent le jeu et environ sept sur dix sont même vraiment mobilisés, n’hésitant pas à contacter Jean-Luc Bourrioux si eux-mêmes repèrent un couple dans leurs champs.
Cela n’a pas toujours été le cas et dans les années 1990, il a fallu expliquer aux chasseurs que les busards n’étaient absolument pas responsables de la lente disparition des perdrix et aux agriculteurs qu’ils ne mangeaient pas les cultures.

Prise de conscience

Aujourd’hui, ces derniers ont de plus en plus conscience de l’importance de la présence de ces rapaces qui interviennent dans la chaîne alimentaire en limitant les effectifs des petits animaux qui se trouvent dans les cultures et surtout dans les lisières en bordure de champs qui sont les zones les plus riches en nourriture. Ces oiseaux, symbole de la plaine vivante, ne peuvent nicher que s’il y a de la vie dans les champs. Or les 20 cm se trouvant à la surface de la terre sont des zones très importantes pour les cultures. Si elles sont hyper vivantes, les blés n’en seront que plus beaux. Jean-Luc Bourrioux et les quelques surveillants sont toujours à la recherche de personnes prêtes à venir les aider afin de repérer les nids. Il est possible de rejoindre l’équipe afin de prospecter dans la plaine dans l’espoir d’observer puis surveiller et protéger l’oiseau rare et menacé. Il est également possible de donner un petit coup de pouce, rien qu’en signalant des oiseaux qui auraient été observés lors d’une balade à travers champs en contactant Jean-Luc Bourrioux au 03.25.04.99.90.

De notre correspondante Corinne Loccidal

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