Le vison d’Amérique prospère en France.

Vous l’ignorez probablement, mais les populations de visons, chiens viverrins et surtout de ratons laveurs sont établies en France et même en Haute-Marne. L’expert François Léger nous en dit plus sur le sujet.

Après le loup, le renard et la belette de Bretagne, le vison d’Amérique, le chien viverrin et le raton laveur… Ces trois espèces exotiques de petits carnivores se trouvent depuis peu en France. Elles ont réussi à s’acclimater et aussi jolis soient ces animaux, leur présence pourrait avoir des conséquences graves pour d’autres espèces de la faune et de la flore locale. François Léger, expert de ces questions à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), répond à nos questions sur le sujet. Il est venu donner une conférence en Haute-Marne le 5 mai.
Le JHM : On connaît bien les petits carnivores que sont le renard, la marte, la fouine, la belette ou le putois. Vous allez en mettre d’autres en lumière…
François Léger : Je vais parler des petits carnivores exotiques. La présence de ces animaux est liée à l’activité humaine. J’expliquerai, lors de la conférence du 5 mai, ce qui s’est passé en coulisses, pourquoi ces animaux sont apparus chez nous. Certains ont été lâchés. Par exemple, on sait que le raton laveur a été introduit en 1966, par des soldats américains et canadiens, qui étaient basés dans l’Aisne. Pour eux, c’était un animal familier, qui rappelait le pays. A l’heure de quitter le territoire, ils ont laissé certains ratons laveurs, qui se sont acclimatés. D’autres animaux se sont évadés d’élevages, comme le vison d’Amérique. Pour le chien viverrin, moins connu, c’est une autre histoire. D’origine orientale, il a été introduit en Russie. Plutôt que de créer des élevages, ils ont acclimaté l’animal à la nature, dans l’Ouest de la Russie et dans les pays avoisinants. Ça a très bien marché. Le chien viverrin s’observe désormais plus à l’Ouest, jusqu’en France, par extension naturelle. Pour eux, c’est également une histoire de fourrure, puisque les toques de l’armée rouge étaient produites avec la peau de cet animal.

Le JHM : Où trouve-t-on ces animaux en France ?
F. L. : Ils sont présents à des degrés divers. Parfois en faibles effectifs et de façon très localisée sur certains secteurs. D’autres fois, on trouve des populations prospères et dynamiques. En Grand-Est, il n’y a pas de vison d’Amérique, espèce très présente en Bretagne et dans le Sud-Est. En revanche, le raton laveur se développe dans notre région, en Grand-Est.

Le raton laveur est présent depuis peu en Haute-Marne.

Le JHM : L’une de ces espèces est-elle présente en Haute-Marne ?
F. L. : Pour le raton laveur, nous avons les premières observations dans le département de la Haute-Marne et l’Aube. C’est tout récent. L’espèce s’est beaucoup développée en Champagne, notamment dans le département de la Marne.

Le JHM : Quelles sont les incidences sur la biodiversité ?
F. L. : On sait que les espèces envahissantes sont reconnues comme l’une des sources de l’érosion de la biodiversité. On ne sait jamais vraiment l’expansion que l’espèce va prendre, ni l’impact qu’elle va avoir sur les espèces indigènes, qu’elle utilise comme nourriture ou qu’elle va concurrencer pour des raisons de gîte par exemple. Pour l’instant, ce n’est pas encore mesuré. Mais lors de la conférence, j’apporterai des informations sur ce qui est pressenti en rappelant quels sont les enjeux et les difficultés. Il y a des choses établies, notamment pour le vison d’Amérique. Cela reste à démontrer pour les autres. Tout cela est aussi valable pour d’autres espèces introduites comme le ragondin ou le rat musqué. Un programme portant sur le raton laveur, prochainement mené sur la montagne de Reims et en Picardie, permettra de mesurer l’impact de cette espèce sur la nature.

Le chien viverrin.

Le JHM : Quelle est la consigne concernant les trois animaux dont vous parlerez lors de votre conférence du 5 mai ?
F. L. : En France, pour ces trois espèces, un arrêté ministériel autorise leur destruction toute l’année par des moyens autorisés. Pour certaines espèces, les autorités européennes ont pris des mesures dans la plupart des pays où ces espèces se sont acclimatées, justement pour prévenir.

Le JHM : Comment reconnaître ces animaux ?
F. L. : Leurs silhouettes ne sont pas tellement connues. Je vais donner des informations pour apprendre à les reconnaître et les distinguer des espèces proches. Je voudrais que les gens qui viennent à la conférence soient aussi des acteurs du suivi que l’on mène en France sur ces espèces. Je mets à profit toutes les informations qui me parviennent pour que l’on ait une carte de la situation en France.

Propos recueillis par Sylvie Chapron

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