Installé sur l’ancienne école, le nid est bien visible.

Il y a près de 20 ans, un couple de cigognes a construit un nid sur la cheminée de l’école du village. Depuis, il n’y a pas eu une année sans la naissance d’une nichée de cigogneaux. Les habitants d’Éclaron y sont très attachés.

Certains n’y font plus vraiment attention. Mais si elles venaient à disparaître, ils seraient peinés. À Éclaron, les cigognes sont en terrain conquis. Les habitants du village les aiment et y sont très attachés. Cette belle histoire a débuté il y a près de 20 ans. Un beau jour, un couple a élu domicile sur la toiture de l’école du village. En quelques jours, le nid était construit. Et depuis, il ne s’est pas passé une année sans naissance de cigogneaux. Ils sont généralement deux, parfois trois. Ils prennent leur premier envol aux alentours du 14 juillet et partent définitivement fin août. Depuis une dizaine d’années, les cigognes restent en hivernage dans la commune. «On se demande comment elles font, mais elles sont mieux là», confiait Jacqueline habitante de la commune et habituée de la supérette de la place, rencontrée à Éclaron.

Un nid occupé depuis 20 ans

Maire de la commune, Jean-Yves Marin est d’autant bien placé pour parler des cigognes qu’il est vétérinaire. «Elles se débrouillent pour trouver leur nourriture. Il y a eu un hiver, très froid où les températures étaient négatives durant trois semaines. Des personnes se sont mobilisées pour les nourrir. Mais elles ont très peu mangé, juste ce qu’il faut», explique-t-il. La tentative d’installation d’un second nid sur la toiture de l’ancienne école s’est soldée par un échec et un joli pied de nez des cigognes qui ont «détricoté les brins tressés sur l’amorce du deuxième nid pour les remettre dans le leur», se souvient Jean-Yves Marin.
Animal fidèle par excellence, la cigogne doit parfois savoir s’adapter. Un premier individu est mort, il y a une dizaine d’années : un orage a foudroyé le nid dans lequel se trouvait l’une des cigognes. Un couple s’est reformé… Il y a cinq ans, un deuxième individu est décédé après avoir pris un plomb, comme l’a démontré l’autopsie. L’auteur avait été retrouvé par la gendarmerie suite à l’enquête ouverte à l’époque. Par chance, pour la seconde fois, le couple s’est reformé.

Faciles à observer

«Le matin, on sait qu’elles sont là, on les entend. Elles claquent du bec ! Au début, cela surprend, mais on s’y habitue et ce n’est pas désagréable», confie Frane, qui tient le tabac-presse juste à côté de l’ancienne école. «On nous demande souvent si on a des souvenirs des cigognes, c’est vrai que c’est devenu le symbole du village», confie David, le mari de Frane. Serveuse au café brasserie de la place, Aurore peut les observer à loisir. Elle connaît bien les habitudes des oiseaux, «ma fenêtre est juste en face du nid», glisse-t-elle dans un sourire. Aux beaux jours, lorsque la terrasse est en place, les touristes ont vue directe sur le nid. Certains s’en rendent compte une fois installés. Et c’est une belle surprise ! D’autres viennent spécialement. «C’est l’attraction du village», plaisante Damien, le patron. Les cigognes sont arrivées l’année où il a repris la brasserie. «On les voit passer avec des poissons, des grenouilles… S’il n’y avait pas le lac, on n’aurait pas de cigognes», analyse-t-il. On les voit parfaitement bien depuis la place du village, refaite l’été dernier.
Les cigognes portent bonheur à la commune en jouant pleinement leur rôle de “livreuses de bébés” : la commune a gagné 54 habitants entre 2010 et 2015.

Sylvie Chapron

Photo Damien Menissier

Elles fascinent les photographes

Naturellement, les élégants volatiles inspirent. Aussi, les photographes sont nombreux à faire de jolis clichés des cigognes d’Eclaron. Damien Menissier en a fait un certain nombre. Originaire de Sainte-Livière et domicilié à Saint-Rémy-en-Bouzemont, il aime photographier les chevreuils, écureuils, les ragondins ou encore les chamois lorsqu’il séjourne dans le Jura. Actuellement en reconversion professionnelle dans la métallurgie, il s’équipe en matériel photo au fil du temps. Pour ce puriste, il est nécessaire de travailler «sans retouches». Il pose son trépied et patiente autant qu’il le faut pour avoir LA photo. «J’ai pas mal de photos sur le nid, maintenant j’aime les photographier ailleurs», indique-t-il. À la cornée du Der, après le pont du canal route de Sainte-Livière… Il connaît leurs habitudes et sait où les trouver lorsqu’elles sont en quête de nourriture. Damien montre volontiers ses clichés à ceux qui s’y intéressent, alors n’hésitez pas à lui demander !

«La chance qu’elles aient fait un nid ici»

Passionné par les oiseaux, Jean Rimbert, maire d’Eclaron de 1987 à 2014, a connu l’arrivée des cigognes peu avant les années 2000. «Mes mandats ont été rythmés par la constitution de couples de cigognes», s’amuse d’ailleurs l’ex-premier magistrat qui se souvient de quelques anecdotes. «J’étais dans le bureau de la secrétaire. Deux cigognes se sont posées sur la cheminée de la Maison de Romance. Une avait une brindille dans le bec. Puis les brindilles se sont enchaînées. C’est fou à quelle vitesse le nid se construit, en huit jours. On a la chance qu’elles aient fait un nid ici. Je regardais avec ma longue-vue. Puis il y a eu copulation et on s’est dit, c’est parti !» Jean Rimbert a assisté à la première éclosion. «Je suis monté sur le clocher avec ma longue-vue. La cigogne était sur le bord. Un petit est apparu puis d’autres. La cigogne en a pris un et l’a balancé. Il est tombé sur le toit de l’école. J’ai appelé l’association d’implantation des cigognes en Alsace qui m’a indiqué que cela pouvait se produire pour plusieurs raisons. On a vu l’évolution», confie-t-il. Un orage est arrivé quelques années après et le nid est tombé dans la cour. «Une des cigognes a été tuée. On a reconstitué une amorce de nid métallique, en tressant un demi-nid. En mars, la cigogne est arrivée dans l’amorce de nid et n’a pas mangé durant dix jours. Puis cinq-six cigognes sont arrivées. Le couple s’est formé et a chassé les autres, défaisant l’amorce de nid en le remettant à l’emplacement actuel avec des branches.» Et il y a environ cinq ans, «un gamin du village a tiré avec un fusil à plomb sur la cigogne. On l’a retrouvée mourante dans un champ.» Mais Jean Rimbert tient à conserver un côté plus enthousiaste au sujet des cigognes nichées à Eclaron. «La fidélité des cigognes est en principe pour la vie. Ce doit être le seul ou un des seuls couples en Haute-Marne. C’est chouette pour Eclaron.» Chouette ? Non, cigogne !

De notre correspondant Adrien Jeanson

Des nids déplacés

L’opération a été menée en décembre dernier. (Photo LPO Champagne-Ardenne).

Christophe Hervé, directeur de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) de Champagne-Ardenne, explique comment et pourquoi certains nids de cigognes doivent être déplacés. La moitié des populations de cigognes installe ses nids sur les pylônes des lignes à moyenne tension d’Enedis. «Ce qui pose des soucis de coupures de courant et d’électrocution d’oiseaux», explique Christophe Hervé. D’où une convention passée entre la LPO et le fournisseur d’électricité. «Il y a eu des cas d’explosions, car le bois des nids et l’électricité ne font pas bon ménage», reprend le directeur de la LPO. Cette convention leur permet d’intervenir pour installer des protections, couper des branches et sécuriser le nid au sens plus large. «Les nids se construisent en quelques jours, cela va très vite ! Et tous les ans, le nid grossit : les cigognes le rechargent en branches. Si bien qu’il peut peser plusieurs centaines de kilos.»
Une expérimentation, lancée l’année passée dans un village des Ardennes, a permis de déplacer deux nids qui posaient problème, positionnés sur des pylônes. Tous les pylônes ont ensuite été neutralisés pour qu’il n’y ait pas de nouvelles installations. «Les nids ont été positionnés sur deux plateformes métalliques, avec Enedis. Nous avons eu une bonne surprise la semaine dernière : les cigognes ont repris possession des nids sur les plateformes au retour de migration», explique Christophe Hervé. Les habitants du village étaient ravis de conserver les nids sur leur commune, sans que cela ne génère de coupures d’électricité. «C’est une bonne coopération, on sait que ça marche. Les cigognes sont têtues, donc nous n’étions pas certains que ça marche ! Elles sont habituées à nicher sur des pylônes et y sont souvent nées… Du coup, il n’y a rien à faire, elles veulent s’y installer. Mais là, on voit qu’en leur proposant un nouveau site, ça marche !»

Une population en augmentation dans l’Est de la France

Oiseau de bon augure, la cigogne blanche est en recrudescence dans l’Est de la France. L’un des experts de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) de Champagne-Ardenne, Aurélien Beschatres, répond à nos questions.
Le JHM : Combien y a-t-il de cigognes à l’échelle du territoire de la Champagne-Ardenne ?
Aurélien Beschatres : En 2017, on a dénombré 59 couples en Champagne-Ardenne. En 2016, on était à 36. La progression est énorme. Il s’agit bien d’une augmentation de population. On s’y attendait, car la cigogne blanche est un oiseau qui se porte bien au plan national. Et en Alsace, qui est le pays de la cigogne, elle se porte particulièrement bien : elle colonise donc de nouveaux territoires.
Le JHM : Les cigognes sont de retour et prennent possession des nids…
A. B. : La cigogne est un migrateur que l’on dit précoce. Un pic de migration a été enregistré lors de la dernière décade de mars, mais des individus arrivent avant. On a également des cas d’hivernage. Cela concerne justement un individu du couple d’Eclaron, qui passe l’hiver en Haute-Marne.
Le JHM : Combien y a-t-il de couples de cigognes en Haute-Marne ?
A. B. : Celui d’Eclaron est connu depuis plus de quinze ans. Il y a eu de la mortalité dans le couple. Il y a des individus qui ont disparu : à chaque fois, celui restant a retrouvé un partenaire. Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont toujours restés là. La fidélité au site de nidification est forte pour cette espèce. Un deuxième site de nidification vient d’être identifié à Droyes, c’est tout récent.
Le JHM : Pourquoi les cas d’hivernage – comme pour les grues – sont-ils de plus en plus courants ?
A. B. : Certains oiseaux ne migrent plus. On impute cela au réchauffement climatique. A partir du moment où un oiseau a à manger, les températures ne sont pas gênantes ! C’est l’accès à la nourriture qui fait que les oiseaux migrent… La plupart des cigognes vont encore en Afrique.
Le JHM : Quels sont les endroits que privilégient les cigognes pour construire leur nid ?
A. B. : Elles privilégient les arbres dénudés, comme le sommet d’un arbre cassé en deux. Elles apprécient aussi les bâtiments : silos agricoles, maisons importantes, cheminées… Il faut un support important puisque le nid est chaque année rechargé en branches. Il devient imposant et peut donc peser plusieurs centaines de kilos au fil des années. De plus en plus, les cigognes s’adaptent aux pylônes électriques : la vue y est dégagée, elles peuvent atterrir facilement.
Le JHM : Y a-t-il un risque de déranger les cigognes en allant les observer ?
A. B. : C’est un animal lié à l’homme. On peut l’observer, ce n’est pas gênant, contrairement à la cigogne noire qui est discrète. L’avantage, à Eclaron, est qu’on les voit bien !

Propos recueillis par S. C.

 

 

 

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