Roxane Valette, la gérante du bar à chats rémois, et un heureux matou.

«Ils prennent en songeant les nobles attitudes, Des grands sphinx allongés au fond des solitudes, Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin.»  Telle est la posture des chats, décrite par Baudelaire, que les visiteurs découvrent au Ronron café ouvert depuis quelques semaines à Reims.
Qui n’a pas rêvé de posséder chez lui un doux animal de compagnie ? 72 % des Français aiment les chats. Mais seuls 24 % en ont chez eux. Les contraintes de la vie en appartement compromettent parfois la présence des animaux domestiques. Si bien qu’en Asie, ce sont les Taïwanais les premiers à en avoir eu l’idée, la frustration était si grande que des “cats cafés” ont vu le jour. Le concept est né au Japon il y a plus de quinze ans. Le “Neko Café” – neko signifie chat en japonais – se pose comme un endroit où les clients peuvent interagir avec les félidés. Cependant, le client ne peut apporter le sien. Certains Japonais dorment dans des logements-capsules (de simples placards) : le bar à chats propose ainsi une alternative pour trouver de l’espace et du calme. Depuis, le concept a essaimé un peu partout dans le monde.
Effet boule de poils, le phénomène s’est répandu dans plusieurs villes du Japon dès 1998, Tokyo compte à l’heure actuelle une quarantaine de bars à chats, ainsi qu’en Corée du Sud.
Avant de rentrer dans ce café des félins, il faut pouvoir montrer patte blanche : se désinfecter des mains et revêtir des sur-chaussures. De plus, il ne faut pas leur donner à manger et les enfants doivent rester sous la surveillance de leurs parents.

Ronron-thérapie

Un lieu d’apaisement qui s’adresse à toute personne susceptible d’apprécier le contact avec une dizaine de chats en liberté dans le bar, tout en dégustant une vboisson chaude ou froide. Tartes, tartines et pâtisseries sont également proposées.
Mais le jeu en vaut la chandelle. L’idée principale du bar à chats repose sur la ronron-thérapie. Derrière ce terme, à la rigueur scientifique douteuse, se cache en fait une étude américaine qui date des années 50. Le ronronnement d’un chat aurait des vertus thérapeutiques du fait de ses vibrations sonores apaisantes. Le bruit générerait de la sérotonine, l’hormone du bonheur. Cela aiderait à soigner le stress, l’insomnie ou à réguler la tension artérielle. En en mot, si les nuisances vous angoissent, courez au Ronron café, à Reims.
«Notre objectif est tourné vers la protection animale puisque tous les matous sont des candidats à l’adoption. Nous n’avons que des chats adultes qui ont vécu dans la rue. Ce qui ne les empêche pas d’être adorables et très sociables», explique la gérante, Roxane Valette.
Pour assurer la présence régulière de dix à quinze félins, l’association Ronron est en rapport avec deux associations : les chats sans toit de l’Omois de Château-Thierry et Lisa de Charleville. Les chats pourront être adoptés. Mais attention précise la gérante, «il sera procédé à une pré-visite chez les futurs adoptants et mettre en règle les futurs adoptés (stérilisation, identification, vaccinations), en relation avec une vétérinaire. Tous les animaux sont en bonne santé». «C’est impressionnant de voir comme ils sont à l’aise et se sont rapidement acclimatés», confirme Delphine Demotié, la vétérinaire.
L’attention est évidemment portée sur les matous. Câlins, sieste, joujoux et chamailleries : ces minets ne s’ennuient pas. Et les clientes sont à l’unanimité ravis. Christelle, 26 ans, est venue avec son amie Alizée qui connaissait le concept. «Toutes les deux, on a guetté l’ouverture du bar. On adore les chats et ce petit salon est super. On s’y sent comme chez soi, même mieux ! les pâtisseries vraiment délicieuses», déclarent-elles, souriantes. Agées de 19 ans, quatre amies qui suivent des études d’ingénieurs à Reims, ont découvert les lieux avec des petits cris aigus. Elles foncent droit au fond de la salle pour cajoler les minets, avant même de penser à regarder la carte. Dans un bar à chats, les consommations semblent passer au second plan… Elles se retrouvent vite autour de la même table avec une cliente et échangent quelques mots. «Le chat fait le lien entre les tables», assure la gérante.
«Moi je suis très bien là», lance l’une des jeunes filles, un félin sur ses genoux. Elles sont toutes fans d’animaux et notamment de chats. «C’est bien pour décompresser, prendre un thé», apprécie une cliente, soulignant «les vertus apaisantes de l’animal qui règne en maître des lieux».
C’est vraiment un endroit zen, pour profiter des chats et des produits locaux et faits maison : un vrai bonheur ! Les clients (surtout des clientes) sont aux anges et ont même leurs préférés. «Je ne pensais pas que le concept aurait autant de succès. On se bouscule même devant la vitrine, boire un café et caresser des félins», confie la gérante. «Ce sont nos chats, ne venez pas avec les vôtres !», prévient-elle. L’idée étant de profiter de la “ronron thérapie”. L’ouverture du bar à chats a pu être réalisée grâce au soutien des nombreux donateurs via un site collaboratif leur permettant ainsi de collecter des fonds. Les retours sont très encourageants.

De notre correspondant Jean-Pierre Julien

Total
15
Partages