Annick Mura, c’est d’abord un regard. Un regard clair, droit, pénétrant, servi par un esprit d’analyse. Mais ce regard, on le sent tout de suite, ne juge pas.

C’est ce qui fait qu’on l’accepte. Elle voit, puis elle écoute. Elle reçoit des informations de “l’autre” avant de lui rendre les siennes, qui sont des connaissances, officiellement un enseignement, en fait des éléments pour s’imprégner au mieux d’une école de vie : le cheval.
Tout cela est confus. Et pourtant, quel chemin de vie !
Annick naît à Chaumont. Elle grandit au sein d’une fratrie de quatre enfants. La famille vivra à Bologne, puis Nogent, avant de partir en Normandie. La Normandie, patrie du cheval. Alors forcément, ce qui doit advenir advient : lors d’un camp de vacances de La Poste qui installe ses quartiers au sein d’un centre équestre, on lui confie un cheval. «C’est la révélation.» Dans l’instant, sa vie bascule : «Je veux être palefrenier» déclare l’enfant qui ne sait pas encore que la fonction peut se décliner au féminin. Elle n’a que faire de la grammaire ; elle veut s’enrichir au contact du vivant.
Elle apprend donc les bases en Normandie. Elle choisit de devenir monitrice. Sa formation, elle la fera… à Chaumont, en tant qu’élève du mythique Jean Sourisseau et passe son monitorat en 1987. Tout en ayant deux enfants, elle exerce en tant que monitrice à Commercy, puis Nancy. Du classique.
Le second choc de sa carrière intervient le jour où elle apprend que sa candidature est acceptée à Saumur. Pour ceux qui ne fréquentent pas assidûment des écuries, Saumur, c’est un peu le Polytechnique des cavaliers. Le top du top. La jeune femme, qui n’avait jamais eu de plan de carrière, est invitée par la vie à épouser un rêve éveillé : «Plus j’avançais, plus j’avais envie d’apprendre.» Elle en sort enrichie d’une expérience à nulle autre pareille pour travailler avec les chevaux.

Le miroir aux émotions

Annick crée un poney club à Sapignicourt. Mais seule, avec désormais trois enfants, elle s’épuise. Elle choisit alors le statut d’entraîneur itinérant, pour les clubs en quête d’enseignants de haut niveau. C’est ainsi qu’elle est arrivée au club d’équitation de la Ferme de la Dhuys, près de Prauthoy, où elle officie désormais pour le plus grand bonheur des jeunes élèves.
Voilà pour le parcours professionnel. Il se trouve que cette expérience acquise au contact des chevaux a influencé sa façon d’appréhender les choses de la vie, sa relation au vivant, donc aussi avec les humains. Parce qu’un cheval, ce n’est pas une paire de skis ou un vélo ; il réagit, il pense, il vous devine, il vous comprend (ou pas), il vous obéit (ou pas). C’est le plus subtil miroir des émotions de l’humain. Il soigne, aussi, les fêlures les plus intimes, les peurs enfouies. Pour Annick, l’équitation telle qu’elle l’enseigne «est une école de vie, une école de la relation à l’autre». Si vous vous risquez à lui présenter «un cheval qui a un problème», elle vous fera comprendre, en y mettant les formes, que le problème se niche bien davantage dans la relation entre ce cheval et son propriétaire.
Cette approche du vivant qui enrichit l’humain dépasse largement le strict cadre de l’équitation. C’est devenu un art de vivre et de penser mâtiné de bio, de protéines végétales, d’empathie, de partages, d’engagements. «Je veux vivre complètement mes choix…» Elle n’a pas le temps de développer. Ses élèves viennent d’entrer dans la salle de club, les yeux brillants d’impatience. Ce qu’elle partage avec eux, ici, c’est prioritaire. Il y a tant de choses à faire passer.

 

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