La forêt de Troisfontaines est le cadre d’une opération de grande envergure : le comptage des chevreuils. Pendant plusieurs semaines, plus de 200 bénévoles capturent, comptent et effectuent une batterie d’examens sur les cervidés. Derrière, se cache une étude monumentale et quasiment unique en son genre en France sur la population et son environnement.

 

Au loin des trompes… Les aboiements d’un chien, les cris… Il a beau courir, ce petit chevreuil ne pourra pas y échapper. Car, au bout du chemin il y a… un filet et des attrapeurs. Le voilà capturé. Mais rassurez-vous, il ne finira pas sauce grand veneur. Il sera soumis à une batterie d’examens, prise de sang, examen de selle, mesures, etc., et relâché, le soir, en compagnie de ses congénères, dans la partie de la forêt de Troisfontaines où il a été capturé.
Car, on ne le sait pas forcément, mais la forêt de Troisfontaines abrite un espace exceptionnel. Presque unique en son genre. Sur plusieurs centaines d’hectares (toute la zone abritée derrière les clôtures, le long de la route entre Saint-Dizier et Troisfontaines-l’Abbaye), se trouve un territoire à vocation scientifique gérée par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) : «Sur l’ensemble de la planète, il n’y a qu’une dizaine de territoires similaires. Dont deux en France», explique Claude Warnant, technicien de l’équipe “Equilibre forêt gibier”, unité Cervidés et Sanglier de la Direction de la recherche et de l’expertise de l’ONCFS. Jusqu’au 25 février, l’ONCFS va procéder au comptage de la population de chevreuils. Une opération délicate, à but scientifique.
«Il s’agit de comprendre les mécanismes des interactions entre la population des chevreuils et la forêt et entre les individus entre eux, poursuit Claude Warnant. Notre travail à nous, c’est de trouver perpétuellement des outils qui permettent de quantifier la population, pour assurer l’équilibre du milieu.» En fonction des années, la population de chevreuils à Troisfontaines oscille ainsi entre 120 et 160 individus.

Une population en bonne santé

Exemple de techniques mises au point à Troisfontaines et désormais appliquées dans toutes les forêts françaises : l’indice kilométrique. Les agents de l’ONCFS définissent un parcours de 6 km, dans le milieu forestier et comptent le nombre d’animaux croisés au cours de ce parcours. Cela donne un indice “nombre d’animaux au kilomètre” qui permet d’avoir une idée de la population totale.
Mais le comptage des animaux à Troisfontaines permet également d’avoir une photographie du milieu naturel. A travers, par exemple, le poids des “chevrillards”, ces petits chevreuils nés en mai : s’ils sont bien nourris, alors le milieu est capable de nourrir toute la population. Par le passé, l’ONCFS a même artificiellement monté la population de chevreuils, pour connaître les limites du milieu. Actuellement, il se régule seul. Et plutôt pas mal, au vu des beaux spécimens qui ont déjà été capturés (une soixantaine à la date de vendredi). Une bonne nouvelle, après une année 2013 catastrophique : les deux tiers des faons nés en mai étaient décédés, à cause d’un printemps trop sec.
Les chevreuils de Troisfontaines sont aussi analysés par des scientifiques. Une chercheuse du CNRS, Emmanuelle Gilot, procède ainsi à des prises de sang et des analyses génétiques. «Elle travaille sur le stress et la sénescence* des animaux», précise Claude Warnant. Elle permettra également d’établir un arbre généalogique des chevreuils de Troisfontaines. Arbre généalogique qui révèle déjà que certaines branches sont plus actives que d’autres…

Caroline Angeli

*C’est-à-dire l’étude du processus de vieillissement biologique.